Comment intégrer le secteur humanitair​e

“A quel type de formations puis-je m’ inscrire pour intégrer le secteur?”
“Est-ce que ne pas avoir de Master m’ empêchera de progresser dans ma carrière?”
“Je ne parle que anglais, est-ce que ca veut dire que je ne pourrais jamais entrer dans le secteur?”
“Je n’ai pas les moyens de vivre a Genève sans être salarié(e), comment faire?”

Toute discussion sur les moyens d’intégrer le secteur humanitaire entraine inéluctablement ce type de questionnement. C’est une industrie difficile à percer et il y a de nombreuses versions des procédures à suivre pour y arriver. Beaucoup sont fausses; d’autres, malheureusement, sont fondées.

Si je pouvais dessiner un nouveau secteur humanitaire, l’une de mes priorités absolues serait de créer des chemins de carrière plus clairs. Ca peut paraitre dérisoire au sein d’une industrie dont l’objectif principal est de venir en aide a ceux qui en ont le plus besoin. Au contraire. Je pense qu’il est impératif que le secteur démontre une prise de responsabilité, qu’il soit transparent et qu’il favorise l’autonomie. L’un des meilleurs moyens pour cela serait d’en faire un modèle depuis la source et donc d’appliquer ces principes aux modalités même d’entrée dans le secteur. Si ses membres sont encadrés par ce type de comportement, il va de soi que cela se manifestera dans leur façon de travailler. Les hommes, de par leur nature, imitent et sont le produit de l’environnement dans lequel ils résident.

Aujourd’hui il y a peu de tracés directs pour travailler dans l’humanitaire. Ceux qui existent sont temporaires – l’ONU a récemment fermé son Programme Jeunes Administrateurs, pourtant connu comme l’un des principaux points d’entrée dans l’humanitaire pour de jeunes enthousiastes a travers le monde. Un programme similaire mis en place par Département du gouvernement britannique pour le développement international (DFID) vient quant a lui d’être réinstauré (DESA) mais n’a pas vu de sang neuf depuis cinq ans.

Pour les économistes, l’Overseas Development Institute a mis en place un programme de bourse offrant à des jeunes diplômés en économie et statistiques des expériences de travail rémunérées à l’étranger.

Pour les jeunes voulant intégrer le secteur humanitaire, la Commission européenne offre un programme de volontariat pour une expérience de court-terme au siège d’une OING suivie de deux expériences sur le terrain.

Aucun de ces programmes ne garantie un travail rémunéré – et je ne pense pas qu’ils le doivent – mais ils permettent d’obtenir une expérience de travail bien vue dans le secteur : un avantage non négligeable pour une future carrière dans l’industrie de l’aide.

Si je devais mettre en place une liste de ce que le secteur perçoit aujourd’hui comme étant le profil idéal, il serait fait un peu comme la liste de compétences ci-dessous. Notez que ce n’est pas ce que le secteur devrait attendre de ses nouveaux candidats (un tout autre débat), mais ce que l’industrie de l’aide humanitaire internationale aujourd’hui recherche comme qualifications chez les candidats au niveau international et régional (i.e. pas sur le terrain).

• Une qualification professionnelle (i.e. médecins, comptables, experts en ressources humaines, ingénieurs…) ou un diplôme de Master pertinent
• Un bilinguisme anglais et la possibilité de communiquer dans une autre langue
• Une expérience de vie/travail a l’étranger
• Une compréhension des problématiques principales liées au secteur
• Des compétences transférables telles que management budgétaire, management hiérarchique, management de projet, et des compétences en informatique.

Il s’agit, je le répète, d’un profil idéal – cela ne veut pas dire que s’il vous manque une ou plusieurs de ces compétences il vous sera impossible d’intégrer le secteur. Mais si vous cherchez a accroitre vos chances et avez le temps et les ressources nécessaires pour investir dans votre développement personnel, posséder certaines de ces compétences serait un très bon départ.

Malheureusement, beaucoup dépend de votre réseau, et/ou de chance. Bon nombre de mes collègues m’ont dit qu’il s’agissait souvent d’être au bon endroit au bon moment, ou qu’un ex-collègue leur avait plus tard donné un coup de main. Ce n’est pas juste et je trouve la pilule difficile a avaler mais cela reste néanmoins une réalité. Avant que nous ne perdions complètement espoir d’intégrer le secteur, considérons d’abord les différentes façons de gérer le problème.

En premier lieu, vous pourriez vous concentrer entièrement sur votre réseau: en vous mettant en avant sur LinkedIn, en passant du temps dans les pubs et bars a proximités des sièges d’OING, en participant a toutes les conférences ou débats avec des cartes de visite faites maison etc. Cela peut fonctionner mais c’est épuisant, et souvent très difficile de montrer ses compétences autour d’un verre de vin après un débat sur les leçons tirées de réponses d’urgence auxquelles vous n’avez pas participé. Sans parler du fait que beaucoup d’entre nous ne sommes pas forcément doués en networking.

D’autre part, vous pourriez passer votre temps à discuter avec et vous renseigner sur ceux qui font déjà partie de l’industrie. Il y a de nombreux mémoires écrits par ceux ayant expérimenté le terrain. Ces récits ne vous apportent pas d’expérience en soit, mais vous permettent de mieux comprendre les différents aspects du secteur. De même, discuter avec des amis, amis d’amis, ou amis d’amis d’amis, votre famille, des anciens élèves de votre école qui ont travaillé/travaillent dans le secteur, vous permet d’obtenir une perspective sur la réalité de l’industrie. Ceci devrait vous aider a prendre les bonnes décisions sur quelles positions briguer et a faire des candidatures réussies.

Enfin, demander l’avis de votre employeur ou ex-employeur sur votre CV pourrait faire toute la différence. Saviez-vous qu’en étant en charge du stock de barils de bière dans le sous-sol du pub, vous utilisiez des compétences similaires à celles requises pour contrôler les stocks ou être en charge des entrepôts sur le terrain? Certains mots ou façons d’exprimer votre expérience peut faire mettre votre CV sur la pile “à interviewer”.

Les trois derniers conseils (que vous aurez certainement déjà reçu) sont:
1. Allez chercher une expérience de terrain
2. Faites attention à bien choisir vos stages. Beaucoup d’OING et organisations internationales ont un large turnover de stagiaires suivi de très peu d’offres d’emploi.
3. Soyez flexibles dans ce que vous êtes prêts à faire et où vous êtes prêts a aller travailler.

Voila ce qu’on aurait voulu savoir avant d’integrer le secteur humanitaire (en anglais). A suivre d’autres blogs sur le professionalisme, le recrutement et les stages, par exemple, le recrutement humanitaire = élitiste? (en anglais).

This blog was originally published in English on 8 January 2014 and can be viewed here.

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One thought on “Comment intégrer le secteur humanitair​e

  1. Pingback: Ten Books to Read Before Becoming a Humanitarian | AID LEAP

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